L’infini, Giacomo Leopardi

L’infini, Giacomo Leopardi

Toujours tu me fus chère, ô déserte colline,
Où la haie épineuse à l’âpre floraison
Cache au regard l’espace et l’extrême horizon.
Dans l’herbe assis, j’évoque en rêve, j’imagine,
Derrière cette haie, où verdit le gazon,
Des espaces sans borne, un surhumain silence,
De l’absolu repos la morne somnolence.
Le silence infini de cette immensité
Verse en moi les stupeurs de sa sérénité ;
Et, percevant le bruit du vent dans les feuillages,
J’oppose à cette voix ce silence éternel.
O vide immesurable où roule en paix le ciel !
Alors me souvenant des siècles morts, des âges
Disparus, je compare aux stériles efforts,
Aux vains bruits des vivants le silence des morts.
D’un ineffable émoi mon âme est oppressée ;
Et du néant humain sondant le gouffre amer,
Dans cette immensité s’abîme ma pensée :
Et doux m’est le naufrage en une telle mer.

L’infini, Giacomo Leopardi

Version originale en italien:

Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio;
E il naufragar m’è dolce in questo mare.

L’infini, Giacomo Leopardi

L’infini, Giacomo Leopardi  (1798-1837)
Traduction en français de A. Lacaussade

L’Infini a été écrit dans les années de la jeunesse du poète à Recanati (Italie), sa ville de naissance, probablement entre le printemps et l’automne 1819, et fut publié la première fois en 1825-18261 dans la revue « Nuovo Ricoglitore« . Le jeune Leopardi mène une vie solitaire dans la bibliothèque paternelle dont il dévore les ouvrages, tout en souhaitant constamment que la mort.

Rende (CS), Italie
Ph. Alessandro SAMMARRA
Dans la photo il y a mon ermo colle, l’horizon qui m’a fait compagnie pendant mon adolescence jusqu’aux derniers années en Italie. 

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